En 1917, François Thévenot, propriétaire du domaine de Chavat,
souhaite alimenter en eau potable son château et ses dépendances. Il demande conseil à un ami suisse : celui-ci n’est autre que le père de celui qui deviendra, deux ans plus tard, à Paris, Le Corbusier.
A l’époque, le jeune homme s’appelle encore Charles-Edouard Jeanneret. Il a quitté son Jura natal quelques mois auparavant et travaille comme architecte conseil à la SABA (Société d’application du béton armé). C’est pour cette société qu’il dessine le château d’eau du domaine de Chavat.
Le bâtiment est en béton armé ; il a la forme d’un fût de colonne dans lequel se développe un escalier hélicoïdal, coiffé d’un chapiteau et surmonté d’un belvédère donnant accès à une terrasse. La colonne est interrompue aux deux tiers de sa hauteur, sous le réservoir, par une
gloriette entièrement vitrée de 8 portes- fenêtres et que Le Corbusier lui-même qualifie de garçonnière.
Quelques années plus tard, Le Corbusier fera exploser l’architecture traditionnelle. Sa formule de machine à habiter, conçue selon un point de vue pratique et utilitaire, démontrera l’importance du caractère fonctionnel des habitations et soulignera la nécessité d’appliquer aux espaces intérieurs, au mobilier même, la démarche rigoureuse utilisée pour les machines industrielles. Quant au petit édifice de Podensac, encore marqué par l’influence des frères Perret, il témoigne déjà de l’amour que l’architecte ne cessera de porter aux nouveaux matériaux.
Après la Seconde Guerre mondiale, le domaine de Chavat est morcelé.

Devenu propriété du syndicat des eaux de la commune de Podensac, le château d’eau n’est plus utilisé, et l’on construit à proximité un château d’eau d’une capacité plus importante.
Abandonné, le bâtiment de Le Corbusier semble voué à la disparition. Mais, par un chaud après midi de 1983, des architectes hollandais en balade à bicyclette le redécouvrent. Des missions parisiennes viennent épauler les experts locaux. Bien qu’en très mauvais état, l’édifice est authentifié. La tentative d’inscription à l’inventaire des monuments historiques, le 15 avril 1986, devant la commission régionale du patrimoine historique, archéologique et ethnologique (COREPHAE), tourne pourtant court.
Le 17 octobre 1987, le Groupe des Cinq signe un bail emphytéotique, avec M. le Maire de Podensac, Guillaume Sauboy, qui, contre un franc symbolique, lui donne la jouissance du château d’eau de Le Corbusier pendant 99 ans. En prévision : la rénovation du bâtiment – dans le cadre de la sauvegarde du patrimoine du XX° siècle- et son utilisation à des fins culturelles.
Le 3 Juillet 2006, Le Groupe des Cinq obtient enfin le classement aux Monuments Historiques.